Cette plateforme permet aux saisonniers de dénoncer leurs mauvaises conditions de travail
Le 22 août 2025, Ouest-France a consacré un article à Staff-Advisor. Après Le Monde et France 2 Télématin, notre plateforme continue de faire parler d’elle dans les plus grands médias. Voici l’article.
Logements insalubres, semaines à rallonge, heures supplémentaires non payées… Le site Staff Advisor propose aux saisonniers de noter leur employeurs pour alerter leurs collègues sur les établissements à fuir.
Ouest-FranceMathilde GUILBAUD.Publié le 22/08/2025 à 08h30
« Les patrons se passent nos CV, maintenant nous aussi on a un outil. » Après Trip Advisor pour les clients satisfaits du service ou excédés par un plat trop cuit, voici Staff Advisor, la version pour les employés en coulisses. La plateforme permet aux saisonniers de noter leurs employeurs sur plusieurs critères comme les conditions de travail, le respect, le salaire ou le logement, sur une échelle d’une à cinq étoiles. « Le saisonnier crée la fiche de l’établissement et commente, explique Christophe Coconas, cofondateur du site. Le patron peut ensuite récupérer la fiche et disposer d’un droit de réponse. »
L’objectif ? Créer un garde-fou contre les nombreux abus dont l’ancien maître d’hôtel de 48 ans a lui-même fait les frais. « Un jour, on m’a proposé de dormir dans un box pour chevaux sans fenêtres. Moi, j’ai pu partir et rentrer chez moi. Mais le petit jeune qui débarque avec sa grosse valise, il est coincé. »
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Logements insalubres, humiliation
Le logement est en effet un des plus gros problèmes du secteur, confirment les syndicats après leurs tournées annuelles auprès des concernés. C’est le cas de Laurent Le Bolay, secrétaire générale de la CFDT du Morbihan, qui s’est rendu à Groix et Belle-Île-en-Mer. Impossible de trouver un toit face à la concurrence grandissante des hébergements touristiques, et leurs loyers exorbitants. « C’est une catastrophe », alerte Catherine Giraud, secrétaire confédérale de la CGT. S’y ajoute le problème du stationnement, « à la Rochelle, par exemple, tous les parkings sont payants », déplore-t-elle.
Nous avons également eu six semaines de travail consécutif, sans aucune journée de congés. Nous étions donc à environ 72h de travail par semaine. Les heures supplémentaires n’étaient évidemment pas payées.— Témoignage de saisonnier sur le site Staff Advisor
Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. « J’ai vécu misogynie, irrespect, humiliation », peut-on lire dans un commentaire publié sur Staff Advisor. Tandis qu’un autre dénonce « une pression constante de la part du patron, des menaces… Nous avons également eu six semaines de travail consécutif, sans aucune journée de congés. Nous étions donc à environ 72h de travail par semaine. Les heures supplémentaires n’étaient évidemment pas payées. »
Entreprise : faut-il réformer la rupture conventionnelle ?
« On voit des cas de maltraitances tous les jours », abonde Laurent Le Bolay. Car beaucoup de saisonniers ne connaissent pas leurs droits. Même si cela s’améliore petit à petit. » En cause, la dimension éphémère du travail, rappelle Christophe Coconas. « C’est comme les restaurants qui servent des plats bon marché, hors de prix, parce que les touristes ne reviendront pas… Sans parler des salariés agricoles, pour qui les employeurs dépassent toutes les limites ! »
En effet, en plus des conditions de travail abusives, souvent sous la chaleur écrasante pour les vendanges, « on demande à des salariés sans papiers des enveloppes de 10 à 12 000 € pour venir travailler », alerte Hervé Proksch, secrétaire général agriculture de Force Ouvrière (FO) dans le Vaucluse. Sur son territoire, les affaires de traite d’être humains se multiplient. La dernière en date ? Près de 70 travailleurs saisonniers victimes de travail dissimulé pour un salaire dérisoire dans une exploitation agricole de Pernes-les-Fontaines, signalée en avril dernier. En Champagne, trois personnes ont été condamnées à de la prison ferme en juillet pour avoir exploité et hébergé dans des conditions indignes une cinquantaine de travailleurs, souvent sans-papiers, lors des vendanges de 2023.
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« Meilleurs employeurs que je n’ai jamais eus »
Une des demandes de FO est ainsi la mise en place d’une charte ou d’un label pour distinguer les bons des mauvais élèves. Un but partagé par Staff Advisor, qui veut aussi valoriser l’exemplarité. « Correct », commente un saisonnier peu loquace qui note son établissement 3,4 sur 5. « Jusqu’à maintenant, les meilleurs employeurs que je n’ai jamais eus », s’enthousiasme un autre avec la note de cinq étoiles. Trop beau pour être vrai ? Christophe Coconas ne s’en inquiète pas, alors que la modération est pour l’instant faite maison pour chaque avis, et les saisonniers peuvent demander le label « avis vérifié » en envoyant des justificatifs. « La vérité ressort toujours. »
« Ce ne sont pas que les méchants patrons. Beaucoup de petits employeurs n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre », acquiescent les syndicalistes. Le cofondateur de la plateforme encore balbutiante (100 avis pour l’instant), veut ainsi à terme la développer avec des audits pour les entreprises aux mauvaises notes. Et devenir une référence pour les clients, pour « forcer les employeurs à changer ». Le maître d’hôtel de plus de vingt ans d’expérience planche même sur une autre plateforme, de recrutement cette fois-ci.